Espéranto, une langue universelle mais pas apolitique
Un bien beau nom pour une bien belle idée : celle d’une langue universelle qui permettrait aux hommes de toutes origines de se comprendre. Mais derrière cette idéologie utopiste se trament des considérations politiques insoupçonnées. Explications.
Quand le docteur Zamenhof invente l’espéranto à Bialystok en 1887, il est loin de se douter que des débats sur sa langue seraient toujours à l’ordre du jour en 2008. Pacifiste, l’idée de l’espéranto est née de la difficulté à communiquer dans la Pologne inexistante de l’époque, partagée entre Prusse, Autriche, Russie et Allemagne, sans oublier les Juifs vivant sur ces territoires yiddishophones. Cet outil de communication supplémentaire se voulait donc neutre. Pas si simple.
Entre 3 et 10 millions de pratiquants à travers le monde
Aujourd’hui, pourtant, l’espéranto est loin d’être pratiqué par la majorité de la population mondiale. Quels sont les freins rencontrés par cette langue aux promesses pourtant alléchantes ? D’après Bruno Flochon, président de l’association Espéranto France, on dénombre entre 3 et 10 millions de pratiquants à travers le monde. Large fourchette. Mais lui-même reconnaît la difficulté d’établir des critères précis pour justifier ces chiffres. Minoritaire, ce « groupe humain », comme le qualifie Bruno Robineau - esperantiste et espérantophone convaincu qui a parcouru le monde grâce à l’apprentissage de cette langue -, est pourtant présent dans environ 120 pays et constitue somme toute une sorte de communauté. Pour en faire partie, apprendre l’espéranto est la condition sine qua non et, d’après les spécialistes, peu de temps est nécessaire en comparaison avec d’autres langues vivantes. Facile donc. Utile aussi, comme le prouve le rapport Grin* - du nom de son auteur - paru en 2005, établi à la demande du Haut conseil de l’évaluation de l’école, et tout bonnement mis à l’index. L’espéranto y est loué…mais pose problème puisque « c’est (…) la première fois qu’un rapport tente de chiffrer les transferts nets dont bénéficient les pays anglophones et les économies qui seraient réalisées en cas de passage à un autre scénario [que le système tout à l’anglais, ndlr] ». Il semblerait qu’étudier l’anglais ne se justifie pas seulement par le génie de Shakespeare et que des intérêts plus prosaïques entrent en compte.Pas reconnu officiellement par le Ministère de l’Education Nationale
Guides du Routard espérantistes
80 délégations différentes en France
Les associations espérantophones françaises regrettent aujourd’hui le temps de l’après-guerre, où la langue connut une vague d’adhésions, après les encouragements de la circulaire Jean Zay de 1938, contre-poids à celle de 1922, signée Jean Bérard, qui condamnait l’espéranto de manière radicale. Et qui de ce fait a ouvert la voie au tout-anglais.
Aujourd’hui, l’espéranto souffre toujours de préjugés négatifs et Michèle Abada-Simon, professeur d’espéranto depuis une dizaine d’années, énergique petit bout de femme, précise que des tensions internes aux espérantophones eux-mêmes existent. « Entre les espérantophones catholiques, les ouvriers, les professeurs, les médecins… Il y a environ 80 délégations différentes en France. Dur, dans ces conditions, de trouver un terrain d’entente. » Jean-Louis Texier, ancien président d’Espéranto France, de souligner : « Les moyens manquent. Seules les cotisations des adhérents et les maigres recettes faites sur la vente de livres, manuels, méthodes nourrissent les caisses ». « L’espéranto n’intéresse personne, il n’y a pas d’argent à se faire», conclut Michèle Abada-Simon. L’espéranto, langue alternative, pourrait néanmoins profiter à terme de l’essor actuel de la mondialisation et de la montée des valeurs équitables. A voir, à lire et peut-être à entendre.
* Rapport Grin, numéro 19, septembre 2005.
(Lien vers le rapport Grin - en pdf))
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Informations pratiques
2008 est une année importante : à la fois Année du Dialogue Interculturel pour la Commission Européenne et Année Internationale des Langues pour l’assemblée générale de l’ONU. L’occasion, peut-être pour les Parisiens d’élargir leurs horizons. La capitale compte quelques milliers de membres d’associations espérantophones.
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