Retour sur le film Welcome
Le film Welcome, a marqué les esprits. Son sujet : un maître-nageur aide un sans-papiers à franchir la Manche en lui apprenant à nager et subit les foudres de la police. Entretien avec son réalisateur, Philippe Lioret.
PBM - Pensiez-vous que le thème de l’immigration qui se trouve être au cœur de votre film allait autant passionner les spectateurs français ?
Philippe Lioret – Je n’ai pas voulu faire, à l’origine, un film sur l’immigration, et encore moins un pamphlet ! Il se trouve que je me suis documenté pour l’écriture de mon scenario et j’ai passé de très nombreuses semaines dans la jungle de Calais, dont sept pour le repérage et onze pour le tournage. J’ai pu voir à quel point la situation était dramatique. Mais je n’ai jamais voulu que mon film passe des pages « Culture » aux pages « Société » puis « Politique » des journaux et des magazines.
Connaissiez-vous l’article 622 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) avant ce film ?
Absolument pas ! C’est en travaillant sur le scenario que je l’ai découvert. Cet article est une épée de Damoclès inacceptable au-dessus de la tête de chaque individu qui aide de près ou de loin les réfugiés. A chaque projection du film, le public me posait cette même question : « Mais que peut-on faire contre ces intimidations et ces pressions ? » A force de les entendre, je me suis moi-même posé la question et j’ai un jour répondu à un journaliste qu’il fallait ajouter une condition pour que le délit existe : que l’aide soit faite à titre lucratif. Cela éviterait d’incriminer tous les bénévoles qui interviennent auprès des sans-papiers. Il a ensuite suffit de quelques articles qui reprennent cette idée pour que cela fasse l’effet boule de neige et que le débat atterrisse sur les bancs de l’Assemblée nationale. Peu importe de savoir si cela relève de la récupération politique. Le débat doit avancer et conduire à la suppression pure et simple de cette loi scélérate.
De nombreux films* sont récemment sortis sur les écrans français qui traite du thème de l’immigration. Simple coïncidence ou phénomène de société ?
Aucun réalisateur n’en a consulté un autre pour créer un ensemble de films cohérents sur le sujet. Il ne faut pas pour autant parler de coïncidence car tout réalisateur s’inspire du monde qui l’entoure, il lit les journaux, regarde la télévision. Il est un fin observateur de la société dans laquelle il vit et revendique sa liberté et son indépendance pour faire des films qui lui tiennent à coeur. L’immigration est au centre des grands problèmes de notre société. Ce n’est donc certainement pas un hasard si autant de films sortent sur le sujet. Il faut en tenir compte et entendre les messages. Je tiens néanmoins à préciser que mon film n’est pas, en soi, un engagement. Welcome est avant tout un constat. A chacun de prendre ses responsabilités pour que les choses évoluent dans le bon sens et que la société sache faire preuve de la plus grande humanité possible envers les sans-papiers. L’abrogation de l’article 622 du Ceseda pourrait être une première étape.
* Eden à l’Ouest, de Costa-Gavras (2008) ; Gran Torino, de Clint Eastwood (2008) ; Crossing Over, de Wayne Kramer (2008) ; Prince of Brodway, de Sean Baker (2008)…
vos commentaires Laisser vos commentaires

