Réfugiés climatiques : une bombe migratoire à retardement ?
Les images d’apocalypse climatique qui envahissent nos écrans véhiculent un autre spectre : celui de déferlements migratoires menaçant de s’abattre sur un monde occidental plutôt enclin à relever ses ponts-levis. Derrière le mythe des invasions à venir, quelles réalités recouvrent la désignation de « réfugié climatique » ?
La notion de « réfugié climatique » (cf article de Cédric Raux, "La protection des réfugiés climatiques en question") désigne d’abord un flou juridique mais aussi scientifique. Certes, les cas devenus emblématiques, comme la disparition d’îles par élévation du niveau de la mer, ne laissent guère de doute quant au nécessaire déplacement de leurs habitants. Mais leur caractère prévisible permet d’organiser d’ores et déjà ces migrations, par le biais d’accord avec des Etats d’accueil, comme la Nouvelle-Zélande pour les Tuvalu, ou l’achat de terres immergées par les Maldives. C’est toute la gamme, plus ou moins certaine, des changements géographiques, qui ouvre la voie à l’imagination : la multiplication et l’intensification des ouragans, des inondations et des sécheresses, la progression de la désertification peuvent entraîner la destruction de l’habitat, rendre les sols impropres à l’agriculture et finalement compromettre toute possibilité de vie humaine.
50 millions de refugiés en 2010
Variation marginale des flux migratoires
Ces innombrables (au sens strict) migrants s’apprêtent-ils à assiéger les économies développées ? L’essentiel des migrations climatiques se fera à l’échelle nationale, voire régionale. Les migrations internationales prévisibles concerneront des pays frontaliers, selon les spécialistes. Des réponses politiques se dessinent même pour éviter d’acculer les populations à la migration. Ces « politiques d’adaptation », économiques et sociales, intègrent les contraintes à venir pour donner la possibilité de perdurer au peuplement local. De façon paradoxale, ces politiques d’adaptation peuvent s’appuyer sur des traditions locales ancestrales, issues d’une connaissance intime de l’environnement. L’équation du nombre de réfugiés climatiques et de leurs destinations ne doit donc pas seulement inclure les facteurs de départ mais aussi les facteurs de stabilité… Les seuls effets du changement climatique devraient donc entraîner une variation marginale des flux migratoires.
Des réfugiés climatiques impossibles à évaluer
* François Gemenne est chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) à l’Institut d’études politiques de Paris et au Centre d’études de l’ethnicité et des migrations (Cedem) à l’université de Liège en Belgique.
vos commentaires Laisser vos commentaires

