Franck Pinay-Rabaroust - PBM - 22/11/2007
Point de vue

La France vue par… Sylvain Besson, correspondant à Paris du journal suisse Le Temps

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Sylvain Besson, correspondant du journal suisse Le Temps (quotidien) en France

Si l’élection présidentielle française de 2007 s’était déroulée en Suisse, Nicolas Sarkozy l’aurait enporté haut la main. Certes, à première vue, rien d’étonnant. Plus surprenant est d’apprendre que les Suisses ont été sondés sur la question de savoir pour quels candidats ils auraient voté. « Voilà bien la preuve de l’intérêt particulier suscité par cette élection française » explique Sylvain Besson, correspondant du journal Le Temps à Paris.

Car il y a bien un avant et un après Sarkozy. « Comme un coup de tonnerre dans le Landerneau français. Après une certaine mollesse chiraquienne à engager les réformes, voilà venu le temps du mouvement avec le tumultueux Sarkozy. Plus que jamais, notre pays s’intéresse à la France et à cette peopolisation de la vie politique. Nous sommes aidés en cela par une forte présence des chaînes de télévision française sur nos canaux, comme TF1 par exemple » ajoute Sylvain Besson, qui estime que plus de 40% de ses compatriotes suivent de près les joutes politiques de l’Hexagone.

Ressemblances

Alors qu’en octobre 2007, pour les élections fédérales, les Suisses ont voté à presque 30% pour le parti populiste de l’Union démocratique du centre (UDC) de Christoph Blocher, ils se sont fortement étonnés de l’utilisation de l’expression « identité nationale » dans l’intitulé d’un ministère chez leurs voisins français. Pour Sylvain Besson, « voilà bien un tollé pour pas grand-chose. Non pas en raison de l’innocuité des termes employés, mais parce qu’à la date d’aujourd’hui, il n’y a eu aucune décision politique prise par Brice Hortefeux en lien avec cette fameuse identité nationale ». Entre les deux pays, les politiques d’immigration possèdent nombre de ressemblances, avec la même logique de faire venir des immigrés qualifiés et fermer la porte aux autres. « Les philosophies en la matière sont très proches des deux côtés des Alpes : l’immigré doit être utile à l’économie. A défaut, il n’a plus sa place chez nous ! ». Quant à l’origine géographique des prétendants à l’entrée dans le pays, la chose est entendue chez les Helvètes : « Les immigrés d’Europe de l’Ouest sont bien acceptés. Mais pour ceux des Balkans, le gouvernement est beaucoup plus restrictif » résume Sylvain Besson. Dans un pays qui compte plus de 20% d’étrangers, principalement en raison d’une quasi-impossibilité d’obtenir la nationalité helvétique, le discours simpliste de l’agitateur de l’UDC, Christoph Blocher, passe à merveille : selon lui, qui dit immigration dit assistanat ! « Et ce discours séduit de plus en plus. En Suisse, les habitants de certaines communes votent pour dire si oui ou non ils acceptent que tel étranger soit naturalisé. Les candidats qui portent un nom yougoslave ou africain ont beaucoup plus de mal que les autres » explique le correspondant parisien du journal Le Temps.

 Entre les deux pays subsistent néanmoins encore d’importantes différences, notamment dans la reconnaissance du caractère multiculturel du pays. « Ce n’est pas encore demain que le gouvernement suisse, qui ne compte que 7 ministres, aura sa Rama Yade, sa Fadela Amara ou sa Rachida Dati. Inimaginable. Pour l’UDC, aborder le thème du multiculturalisme de la Suisse est impossible. Cela relève du tabou. En revanche, Nicolas Sarkozy a su en parler et le montrer ». De même, la place de l’islam dans la confédération helvétique pose problème. « Une initiative populaire a été lancée pour interdire la construction de minarets dans le pays. Il a suffi qu’une telle demande soit faite dans un petit village pour provoquer une réaction nationale. En revanche, Nicolas Sarkozy a réussi à mettre en place le Conseil français du culte musulman » conclu Sylvain Besson.
 

Crédit photo : éditions du Seuil

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Chaque année, près de 25 000 Suisses quittent leur pays pour s’installer, pour la plupart d’entre eux, dans un pays européen. Aujourd’hui, ce sont plus de 390 000 Suisses qui sont expatriés à travers le monde. La principale communauté se trouve en France avec 170 000 ressortissants, suivis de loin par l’Allemagne avec 72 000 immigrés suisses.
(source : swissinfo.ch)