L’essor limité des migrations subsahariennes
Souvent pointés du doigt, les immigrés d’Afrique subsaharienne ne représentent qu’une faible part de l’immigration en France et en Europe. Contrairement aux idées reçues, ils migrent principalement en Afrique.
Les images quotidiennes des embarcations de sans-papiers, venues de Lybie, du Maroc ou d’ailleurs, débarquant sur les côtes européennes sont connues. Elles renforcent ce sentiment général d’une immigration africaine généralisée. Pourtant, une étude menée par deux chercheurs de l’Ined et publiée dans le bulletin Population et Sociétés de janvier 2009, montre, chiffres à l’appui, qu’il en est tout autrement pour les migrations subsahariennes.
Lors du recensement de 1962, la France comptait 20 000 immigrés originaires d’Afrique subsaharienne. En 2004, ce chiffre atteignait 570 000, soit une multiplication par 27 ! En dépit de cette impressionnante progression, cette immigration ne représente aujourd’hui que 12% de l’ensemble des immigrés en France et elle est trois fois moins importante que celle en provenance du Maghreb et de l’Europe. Certes, aujourd’hui encore, la part des hommes et des femmes qui arrivent du sud du Sahara progresse dans l’ensemble des entrées sur le territoire national (de 10 à 17% entre 1994 et 2004), mais elle reste inférieure aux courants européens et maghrébins.
Les Africains migrent peu en dehors de l’Afrique
Minoritaires en France, les Subsahariens le sont aussi en Europe : en 2000, les personnes originaires des pays situés au sud du Sahara représentaient seulement 4% des immigrés installés dans les pays de l’OCDE. Les Africains migrent peu en dehors de l’Afrique. D’après une compilation des recensements, moins d’une personne sur cent née au sud du Sahara et âgée d’au moins 25 ans réside dans un pays de l’OCDE ! Et l’existence de conflits importants sur le continent africain ne change pas la donne. A titre d’exemple, en 1999, neuf réfugiés sur dix de la République démocratique du Congo ont migré vers un autre pays d’Afrique. Ces chiffres sont à peu de choses près similaires pour les conflits qui ont touché le Libéria, le Tchad ou le Rwanda.
Pour ceux qui décident de quitter leur continent, l’Europe reste aujourd’hui la principale destination (63%), loin devant l’Amérique du Nord (31%). Par pays, ce sont les Etats-Unis qui accueillent majoritairement les subsahariens (24%), devant la Grande-Bretagne (21%) et la France (15%). Il est à noter que les migrants tendent à diversifier leurs pays de destination et délaissent petit à petit les ex-métropoles coloniales. L’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Grèce sont aujourd’hui de plus de plus des destinations privilégiées.
*OCDE – Créée en 1961, l’Organisation de coopération et de développement économiques regroupe 30 pays.
Informations pratiques
Parution
LESSAULT (David) et BEAUCHEMIN (Cris), Les migration d’Afrique subsaharienne en Europe : un essor encore limité, Populations et Sociétés (Bulletin mensuel de l’Ined), n°452, janvier 2009
Sur la toile
Le site de l'Ined
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