Ganesh, le dieu à tête d’éléphant, aime la fête
Le 30 août prochain, on fêtera l’anniversaire du très populaire dieu hindou dans les rues du 18e arrondissement. Organisée par l’association Sri Manicka Vinayakar Alayam, la fête de Ganesh rassemble chaque année depuis bientôt 14 ans des milliers de fidèles. Entre défilé festif et procession religieuse, que représente cet événement pour les hindous de la capitale ?
Ce qu’il y a d’amusant chez les dieux de l’Inde, c’est qu’ils sont loin d’être parfaits. Couramment guidés par leurs pulsions et leurs mouvements d’humeur, ils se disputent, se battent, se réconcilient, font des caprices, etc. Ganesh n’est pas exempt de ces petits vices : c’est un dieu très gourmand, mais ce n’est pas le pire des défauts, nous en conviendrons.
Sa naissance résulte en revanche des problèmes conjugaux de ses parents, Shiva et Parvati. Selon la version la plus répandue de sa genèse, Parvati crée Ganesh à partir d’impuretés de son corps (crasse, sang menstruel…) afin que celui-ci défende sa porte contre les visites importunes de son époux et de ses désirs trop furieux (Shiva est un dieu extrêmement sexuel). Quelques temps plus tard, Shiva se présente à la porte de son épouse et Ganesh l’empêche d’entrer. Vishnou tente d’aider Shiva mais est également arrêté par l’enfant de Parvati. Shiva, aidé de tous les autres dieux, parvient finalement à décapiter Ganesh. Parvati entre alors dans une colère telle que Shiva lui promet de ressusciter l’enfant et de recoller sur son cou tranché la tête du premier être vivant qu’il croisera. Comme vous pouvez l’imaginer, ce fut un éléphant qui paya le prix de la bagarre.
Abondance des rites officiels et privés
Au-delà de leurs imperfections qui leur confère un caractère sensiblement humain, et malgré leurs nombreuses disputes, les dieux hindous entretiennent le bon ordre des choses, le dharma. À de nombreuses reprises, ils interviennent sur Terre pour sauver le monde (Shiva absorbe un poison toxique, Vishnou vient à bout de nombreux démons grâce à ses avatars…). Leurs pouvoirs divins sont dus à l’ascèse qu’ils pratiquent, on parle de pouvoirs ascétiques. Cette notion de sacrifice de soi est très importante dans l’hindouisme.
À l’instar des dieux, et pour parvenir à la fin du cycle des réincarnations (but ultime de tout hindou) et ainsi accéder au monde des Deva (les purs, qui côtoient les dieux), l’homme doit se détacher de tous ses liens terrestres, de son ego. Il peut choisir de sacrifier ses aspirations personnelles afin de se rapprocher des dieux, que ce soit dans sa conduite de tous les jours ou à travers la prière. L’hindouisme ne contenant pas de dogme, pas de règles à respecter, chacun est libre d’exprimer sa foi comme il le souhaite et il existe donc une multitude de cultes et un foisonnement de pratiques. Chaque hindou, suivant ses affinités personnelles, est libre d'adorer la divinité de son choix, son Ishta Devata. Il lui rend un culte personnel (pûjâ) dans l'intimité de son foyer ou il va l'honorer dans les temples qui lui sont dédiés. Ainsi, au fil des siècles, alors que le besoin de communiquer avec les divinités est toujours aussi intense, et parallèlement aux prières quotidiennes organisées dans les temples, pratiquées à la maison, et à l’abondance des rites officiels et privés, les fêtes se multiplient tout au long de l’année et sont innombrables. Les croyants peuvent ainsi toujours trouver l’occasion de réaffirmer la ferveur de leur foi.
Ganesha sweets
Le défilé organisé par le temple Sri Manicka Vinayakar Alayam répond à ce désir de communion divine pour les hindous de la capitale. Tout débute à l’arrivée de Vaithilingam Sanderasekaram (dit Sandera) sur Paris. Lorsqu’il débarque de son Sri Lanka natal en 1983, il n’existe aucun lieu de culte hindou dans toute la capitale. Il décide alors de créer un temple en l’honneur de son dieu familial, Ganesh, et de permettre ainsi à la communauté hindoue de se retrouver autour de pratiques rituelles et culturelles communes.
Ganesh est un dieu très important pour les hindous, et il suffit de se promener dans le quartier indien et sri lankais de la Porte de la chapelle pour s’en rendre compte. Un bon nombre de magasins met le dieu éléphant à l’honneur : les boutiques de friandises portent le nom de « Ganesha sweets », les restaurants rendent également hommage au dieu gourmand, et partout, en vitrine, des affiches et miniatures rappellent sa silhouette opulente, mi-divine, mi-animale. Certaines boutiques présentent même un petit autel à offrande consacré au dieu.
Une jeune vendeuse de saris rue du Faubourg-du-Temple me confie que cette année elle honorera particulièrement Ganesh. C’est son dieu préféré, le plus important selon elle pour tous les hindous car c’est de toutes les figures divines celle qui semble la plus proche des hommes. Le dieu tient d’ailleurs le rôle d’intercesseur entre les deux mondes. Il n’a pas vraiment un statut égal aux autres dieux, de par son caractère « monstrueux » (mi-homme, mi-bête) mais il offre sa protection et son aide à ceux qui savent les lui demander. L’an passé, elle n’avait pas participé aux festivités car cela porte malheur de regarder la statue du dieu trônant sur son char la première année suivant le mariage. Elle compte donc bien se rattraper en donnant beaucoup de sa personne cette année.
La fête en elle-même est en effet précédée de deux semaines d’intense ferveur au temple durant lesquelles des groupes de personnes — membres d’une même famille ou collègues de travail — peuvent participer plus personnellement à certaines cérémonies en faisant des dons au temple et en offrant de la nourriture et autres présents au dieu. Dans une atmosphère envoûtante et parfumée, les brahmanes venus directement d’Inde accomplissent leurs rituels ancestraux autour des statues des divinités. Vapeurs d’encens, sons de clochettes, odeurs d’épice et de camphre et chaleur du feu donnent un peu le tournis mais permettent aussi de pénétrer un instant le mystère cérémoniel et de ressentir le souffle d’énergie spirituelle qui parcourt visiblement l’assemblée.
La procession en l’honneur de Ganesh marque ainsi le couronnement de cette période d’intense recueillement et correspond à son anniversaire. Cette date change chaque année car elle est calculée pour tomber un jour où la lune sera cachée (il s’agit d’une vieille histoire de rancœur entre le dieu et l’astre qui se serait un jour de ses anniversaires moqué de sa gourmandise).
C’est donc réellement un jour de fête pour les hindous du quartier et ceux qui viennent de plus loin, sans oublier un nombreux public non initié, simplement curieux d’assister à cette cérémonie d’anniversaire haute en couleurs, durant laquelle résonnent les musiques, les chants et les psalmodies de la ferveur hindoue.
Informations pratiques
Lieux de culte
Temple de Sri Manicka Vinayakar Alayam
72 rue Philippe de Girard - 18e arr . - 01.40.34.21.89 ou 01.42.09.50.45 - www.templeganesh.fr
Livres
CLEMENT (Catherine), Promenade avec les dieux de l'Inde, Ed. du Panama, Paris, 2005
BAUDOIN (Bernard), L'hindouisme, une renaissance spirituelle, Ed. du Vecchi, Paris, 2002
Sur la toile
Un blog très riche sur les croyances hindoues : http://ganapati.perso.neuf.fr/
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