Sandra Bodin – PBM - 02/01/2009
Algérie

Guem, l'homme aux mains d'or

 

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Derboukas, djembes, congas, bongos… aucune percussion ne résiste à Guem, qui fait vibrer les peaux du monde entier pour faire naître, de ces différents sons, un seul et même rythme, celui du cœur de tous les hommes qui bat à l’unisson. Rencontre avec un homme qui voulait jouer de ses pieds et devenir footballeur avant d’être appelé « l’homme aux mains d’or ».
 

Au sous-sol du Centre des Arts vivants où il enseigne, la table tremble, non pas parce qu’elle a peur de Guem, imposant par sa carrure, mais parce qu’il la fait chanter. Elle danse sous ses doigts, et cette simple table devient alors signifiante. Elle est elle-même un outil, un instrument pour celui qui donne à entendre la pulsation de la vie, et qui propose d’écouter le chant du monde.

"Le premier instrument de percussion, c’est le corps humain"

Né en Algérie, Guem grandit au sein d’un village appelé « Village nègre », où sa famille d’origine nigérienne a été amenée de force au XIXe siècle. Dans ce village, les sons des tambours retentissent et les enfants imitent les grands en tapant sur des boîtes de conserves ou sur ce qu’ils ont sous la main. Il s’initie donc aux rythmes traditionnels ainsi, de manière entièrement autodidacte. Mais si la musique et la danse font partie intégrante de son quotidien, si elles sont inhérentes à la vie, celles-ci ne font pas vivre, et Guem, comme les jeunes de sa génération, aspire à devenir footballeur. C’est alors que, chaussures et shorts dans son sac, il arrive en France « puisqu’on connaît la langue et qu’on nous dit que la France est un grand pays ». Ses parents ne sont plus, et c’est avec les papiers de son frère qu’il débarque à Paris à l’âge de 16 ans.
 
« Je ne suis pas arrivé en France pour faire de la musique mon métier ! Je suis fraiseur tourneur, la musique est arrivée bien après, je suis venu pour gagner ma vie. J’étais à l’usine Renault, en Normandie, et un 14 juillet j’ai joué des congas car elles étaient posées là et que personne ne jouait. ». Sa vie prend alors un autre sens. Il va à Paris où il écume les cabarets orientaux pour y faire sonner sa derbouka et échoue sur un banc de l’American Center. « Tout est parti de là…, après ça s’est enchaîné avec les cours, avec tout le reste… ». Avec tout le reste… l’homme est modeste... Il accompagne de grands jazzmen tels que Michel Portal ou Steve Lacy et enregistre son premier opus « Percussions Africaines » en 1974 sous le label « Le Chant du Monde ». Quatre ans plus tard, il crée le groupe « Guem et Zaka ». « Je n’ai jamais eu de subventions, j’ai toujours travaillé, je fais ce que j’aime et sincèrement je n’ai jamais frappé à une porte ». C’est aussi à cette époque qu’il compose son morceau le plus célèbre « Le Serpent », réenregistré en 1996 pour le générique de l’émission « Ça se discute ».

La nature est source de création

« Je me promène dans la forêt [ses doigts pianotent un rythme sur la table], je vois un serpent devant moi [ses mains s’emballent sur un rythme différent], je raconte une histoire… ». Il puise son inspiration dans tout ce qui l’entoure. Le djembe imite ainsi le bruit de l’orage, et le bongo devient gouttes de pluie… Guem est ce caméléon qui se fond dans la nature (« Caméléon » étant le titre de l’un de ses nombreux albums). Il réunit les sons pour ne faire entendre qu’un seul rythme, celui de la vie, y compris dans les nombreux endroits du monde qu’il sillonne. « Je m’adapte au pays dans lequel je joue. Quand j’entends quelque chose, je joue, et, en même temps, je pratique la danse parce que cela va de soi ».
 
Guem est donc l’homme qui fait chanter les tambours. Il leur donne une place principale, primordiale… Une revanche contre ceux qui pensaient que la percussion était mineure dans la musique. Son défi est de faire en sorte que les tambours ne servent plus seulement la rythmique de la musique mais qu’ils soient eux-mêmes la mélodie. La percussion n’est donc plus une vulgaire pulsation ni une simple assise pour les autres instruments. Elle est le cœur du rythme et à la fois les membres qui sont accrochés à ce cœur. Elle est une, entière et se suffit à elle-même. Guem ouvre ainsi une voie dans l’univers de la percussion, rendant celle-ci indispensable, essentielle.
 
Le message de Guem est clair : que les êtres vibrent ensemble, que le rythme soit le cœur qui bat de tous les hommes sans distinction de couleur, ni de classe sociale car il n’y a, pour lui, « ni couleur, ni forme ». Citoyen du monde - son dernier album s’appelle « Couleurs pays » -, Guem fait fi des origines et de la nationalité car « seule compte la vie ! ».

"La musique est sans frontière"

D’une générosité sans limite, - « quand les gens me demandent quelque chose, j’y vais car si on me demande, c’est qu’on a besoin de moi » -, sa musique est un lieu de rencontres, un espace où l’on peut s’exprimer. Elle est un message de paix, de respect, avec en filigrane le mot « communication ». Ainsi, soucieux des problèmes d’immigration, de drogue, de jeunes à qui l’on ne parle plus, il continue de travailler dans des collèges et des lycées. « Les parents ne discutent pas avec leurs enfants, et c’est la source de nombreux problèmes. Si on ne s’intéresse pas aux gens, ils font n’importe quoi ! ».
 
Inlassablement, Guem donne et transmet, comme il insuffle la vie à travers le rythme. Il fait prendre conscience que le monde est vivant. Et s’il voyage beaucoup, il revient toujours à l’endroit où tout a commencé. Cela fait plus de 40 ans qu’il est à Paris et pourtant la France n’est pas le pays des tambours. « Je ne changerai pas Paris pour n’importe quoi. C’est la plus belle ville du monde. On ne s’ennuie pas, il y a tout dans Paris. »
 
L’homme qui fait danser le cœur des hommes n’a pas d’âge et à la question des 5 dates clés de sa vie, il répondra qu’il est né « comme tout le monde » et que l’important ce sont les moments partagés avec les autres. Profondément humaniste, Guem a une mission sur terre, celle de rapprocher les hommes et de les unir dans une seule pulsation : le rythme de la vie.



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