Sakina M'Sa, artiste anthropologue de la mode
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En juillet, la styliste d’origine comorienne Sakina M’Sa présente sa nouvelle collection. Sous le label de « modanthropologie », celle-ci se décline en deux thèmes : « casual » et « couture ». Des matériaux naturels et fluides (soie, coton, cachemire) pour une mode éthique, un retour aux sources – magique ! |
Son parcours en quelques dates
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Petit bout de femme énergique, Sakina M’Sa est souriante. Sa voix, très douce. Débordée, elle prépare la présentation de sa collection automne-hiver 2010 et deux expositions autour du vêtement : l’une pour la Biennale de São Paulo et l’autre pour la Casa França-Brasil à Rio. Son atelier est un chantier de la création. Des femmes y cousent, y repassent, vont et viennent ; l’ambiance est feutrée ; les vêtements, négligemment dispersés.
Styliste et plasticienne, Sakina M’sa veut concilier mode et social. Loin des paillettes et des projecteurs, ses collections annoncent une mode éthique, anthropologique, avec des « robes modestes qui dévoilent la personnalité » de chaque femme. Destinée à toutes, sa mode permet d’« être humain » et d’« imposer son attitude propre ». Pour rester proche du « tissu social », Sakina M’Sa anime depuis onze ans des ateliers de médiation culturelle, autour du vêtement et de l’identité. Avec l’association Daika, elle aide également des hommes et des femmes à s’insérer sur le marché du travail, en leur apprenant les techniques de coupe, de montage, de repassage, de retouches, etc.
Loin d’être une enfant de la balle, Sakina est née dans un petit village des Comores, il y a trente-sept ans. Sa famille est nombreuse, musulmane et animiste. Très vite ses parents quittent les Comores pour la France. Ils s’installent à Marseille. Élevée par sa grand-mère jusqu’à l’âge de 7 ans, la petite fille apprend l’importance des notions de terre, de territoire, d’identité, de mémoire. Son aïeule adorée lui suggère l’innovation du vêtement « enterré », ou « planté ». « Ma grand-mère me disait qu’à la mort d’un être cher il fallait enterrer pour lui un objet qui nous tenait à cœur. Un jour, j’ai creusé un trou et j’y ai mis une tunique. Des mois plus tard, quand notre chienne l’a déterrée, je me suis rendu compte que la terre l’avait vieillie, colorée, en lui donnant un aspect sépia très sympa ! Un souvenir devenu une méthode de travail. »

Sakina M'sa dans son atelier de la rue des Gardes, en plein coeur de la Goutte d'or (18e arr.).
J’ai choqué en ne respectant pas les codes
Arrivée dans l’Hexagone à 7 ans, la petite Sakina est choquée par les odeurs de Marseille, notamment par celle du fromage. L’enfant, qui avait rêvé la France comme un pays qui sent bon mais où « les gens dorment dans des tiroirs », était bien déçue ! En grandissant, elle découvre les marchés aux puces, dévore les littératures française et étrangère : Edgar Allan Poe, Baudelaire, Hemingway… Ado, Sakina est une punk qui souhaite « marquer sa différence ». Elle comprend que « le vêtement a une influence sur l’extérieur ». Et sur son entourage : son père est catastrophé ! La future styliste a trouvé sa voie.
Décidée à faire carrière dans la mode, la jeune rebelle de 20 ans débarque à Paris, après avoir appris le métier auprès de la costumière Geneviève Sevin-Doering. La lectrice passionnée part sur les traces d’Hemingway au Café de Flore, de Modigliani à Montparnasse… Elle est impressionnée par le rythme parisien : « Je changeais de métro à République et je regardais les gens marcher dans tous les sens. Ils avançaient d’un pas décidé. On aurait dit une chorégraphie ! » Sakina rencontre le philosophe Jean Baudrillard, avec lequel elle noue « une amitié forte, très précieuse ». Auteur d’un livre sur la mode, il la soutient et l’inspire. En 2002, son premier défilé officiel, dans la salle des anciens monuments français, marque le coup. « J’étais stressée, mais l’ambiance était familiale. J’ai choqué en ne respectant pas les codes : mes mannequins s’arrêtaient au milieu du podium. Ça ne se faisait pas. »
Depuis la créatrice a roulé sa bosse et remporté de nombreux prix : grand prix de la Biennale de Saint-Étienne, prix de la Fondation de France, grand prix de la création de la Ville de Paris, ou encore prix Élan de la mode de la Fédération française du prêt-à-porter, catégorie « entreprise éthique », pour sa dernière collection. Pas blasée du tout, la jeune couturière se montre modeste et reconnaissante pour ces marques de soutien. Et continue à s’habiller chez elle ou aux puces. En se permettant toutefois quelques folies avec le Japonais Yohji Yamamoto. Entre défilés et expositions, Sakina M’Sa conçoit la mode comme un art de l’identité. Toujours à la recherche de soi.
Crédit photos - Gilles Collignon
Informations pratiques
Atelier Sakina M'sa
6 rue des Gardes - 18e arr. - 01.56.55.50.90 - www.sakinamsa.com - sakina@sakinamsa.com - Ouvert du lundi au vendredi de 11H00 à 18h00, le samedi de 14h00 à 19h00
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