Marie-Charlotte Hautbois - PBM - 09/06/2009
Bravo, à voir !

Kréol factory, quand les artistes interrogent les identités créoles

Pour la première fois, une exposition d’art contemporain dédiée à la mémoire d’Aimé Césaire interroge les problématiques de métissage et de colonisation. 85 œuvres plastiques, installations et 250 photos sont exposées jusqu’au 5 juillet à la Villette.

S’inspirant d’une citation d’Aimé Césaire (1913 – 2008) – « Le monde n’est pas blanc, le monde est constitué de marron, de beige… » –, le scénographe Raymond Sarti propose une exposition compartimentée en sept séquences évoquant l’idée d’un voyage métaphorique, sur une mer paisible ou agitée. Salle après salle, le visiteur se trouve embarqué dans un mouvement de va-et-vient spatial et temporel, d’un continent à un autre.

Identités et fantasmes

Avec Testimony : Narrative of a Negress Burdered by Crood Intentions (2004), Kara Walker nous propose une animation en noir et blanc, inspirée des ombres chinoises et du théâtre de marionnettes. Cette œuvre, emblématique de l’exposition, traite ironiquement des relations entre les races et les genres et renverse subtilement un schéma pré-établi en rendant les hommes blancs esclaves des femmes noires. Sous couvert d’une « naïveté formelle » pleine d’humour, le film montre la violence des rapports humains liée aux inégalités raciales. La question du trouble identitaire se poursuit avec le photographe Lyle Ashton Harris et sa « Vénus Hottentote » dans laquelle une femme noire porte les attributs outranciers – masques plastiques de poitrine et de fesses – d’un physique dit “négroïde”. Avec ses différents portraits photographiques, l’artiste explore la frontière entre les genres, les races et les sexualités.
Ces déséquilibres identitaires révèlent aussi l’Afrique comme « une communauté imaginée ». En évoquant le rastafarisme, réinvention d’un système d’appartenance communautaire, et « Trenchtown Love », série de photographies prises dans les quartiers pauvres de Kingston par Patrick Cariou (2003), Yolande Bacot, commissaire d’exposition,  « dénonce » la volonté d’un retour à des racines fantasmées, plus symboliques que réelles.

Noir comment ?

Pourtant, l’espace le plus intéressant est sans doute ailleurs. L’espace intitulé « Noir comment  ? » est consacré à la difficile définition du degré de négritude d’une personne métissée. Exercice d’autant plus pertinent depuis l’élection du président américain Barak Obama. Ce questionnement de l’échelle des valeurs chromatiques, héritée de l’histoire coloniale, est ici traité avec subtilité. Philippe Thomarel, dans « Histoires parallèles », expose quarante poupées bicolores en plastique affirmant avec fierté leur appartenance à une culture hybride. Le caractère naïf de cette œuvre comme le sarcasme de « The Big One World », bibendum Michelin noir de Bruno Peinado, dénonce la violence absurde liée au racisme.

En parallèle de Kréyol factory, exposition complexe par sa richesse mais sincère dans son propos, le Parc de la Villette consacre l'année 2009 aux îles et à leur monde, à travers une programmation baptisée "Saison créole". À découvrir !

 

(vidéo réalisée par la chaîne Cap 24)

Informations pratiques

Grande Halles de la Villette
211 avenue Jean Jaurès - 19e arr. - 01.40.03.75.75 - www.kreyolfactory.com - Ouvert du mardi au jeudi de 14h00 à 22h00, du vendredi au dimanche de 11h00 à 19h00 - Tarifs : 7 euros, 5 euros, 3,5 euros



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